PATGO

Photographe Voyageur


"PEUPLES D'AILLEURS"

SÉNÉGAL / Février 2000 




Sensations de voyage...

            SÉNÉGAL /  Février 2000. 

 

           En 1456, le navigateur Vénitien Cadamosto qui travaille pour le compte des Portugais accoste sur la pointe extrême occidentale du continent Africain. Ce voyageur rencontre un groupe de pêcheurs et demande à l'un deux en le désignant du doigt, le nom de cet endroit. Croyant que l'étranger s'intéressait aux embarcations taillées d'un seul tenant dans un fromager, le pêcheur répond "sunu gaal" qui signifie en wolof  "longue pirogue". Le voyageur aurait compris Sénégal et le terme est resté. Mais le Sénégal, c'est aussi le nom d'un fleuve, long de 1000 kms qui borde la frontière du pays avec la Mauritanie au nord  et le Mali à l'est. De par cette position géographique, les peuples d'Afrique dans leurs incessantes migrations se sont toujours rassemblés et le Sénégal reste une mosaïque d'ethnies: les Peuls toujours nomades avec leurs troupeaux de chèvres, les Toucouleurs qui habitent le long du fleuve, les Mandingues issus du brillant empire du Mali, les Sérères cultivateurs de mil et d'arachide; mais l'ethnie majoritaire est le Wolof qui est devenue la langue officielle du pays. 

        A la pointe occidentale de l'Afrique et construite sur la presqu'île du Cap Vert, ouverte à tous les vents du monde, Dakar la capitale et ses 2,5 millions d'habitants est la ville la plus à l'ouest du continent. De cette particularité, cette ville se développe à une vitesse vertigineuse et produit une pollution tenace due entre autres à des embouteillages monstrueux provoqués par des centaines de petits cars jaunes et bleus déglingués, rouillés que l'on nomme aussi "mille-kilos" ou "22 places"... Mais à quelques encablures de Dakar se situe la tristement célèbre île de Gorée, connue par son importance stratégique au XVIIIème siècle pour son commerce triangulaire du trafic du bois d'ébène. Classée par l'UNESCO, Gorée issue du terme Hollandais "good reed" qui signifie "bonne rade" est une île mémoire, un lieu symbole de la traite négrière représentée par la visite émouvante de la maison des esclaves et de la porte du voyage sans retour. 

     Mais le Sénégal, c'est aussi St Louis la belle, baptisée ainsi en l'honneur de Louis XIII, île somnolente lovée dans les bras du fleuve, oasis à la frontière de la Mauritanie, ex-capitale de l'Afrique Occidentale Française, d'un passé colonial prospère mais aussi rendu célèbre par l'aéropostale de Mermoz et de St Exupéry. Flâner dans les rues de St Louis, sentir l'atmosphère de ses petites boutiques à la fois étranges et familières, admirer la finesse des balcons accrochés aux belles maisons coloniales décrépies, déambuler dans les villages de pêcheurs au coucher du soleil sur la langue de Barbarie à l'embouchure du fleuve Sénégal et de l'océan atlantique demeure un spectacle magnifique.

           Ainsi, de Dakar la capitale exubérante à St Louis la paisible; de Lompoul village perdu en pleine brousse à la porte du désert du Ferlo sur la grande côte;  à M'Bour ville de la petite côte consacrée à l'industrie artisanale de la pêche; de Fadiouth l'île au sol étincelant et crissant sous les pieds car constituée d'une épaisseur de 20m de coquillages par les habitants il y a 2000 ans, au delta verdoyant de mangroves du Saloum;  du  m'balack style de musique popularisée par des immenses artistes comme Youssou N' Dour, Ismaël Lô, Baaba Maal au baobab sacré - emblème du pays - de 32m de circonférence - habité par l'âme d'un grand marabout; le mot "téranga" - hospitalité en wolof -  n'est pas en vain mot. Et selon un proverbe Sérère : l'Afrique ne révèle son âme qu'à ceux qui savent l'écouter et lui parler.

                                                                                                                          

                                                                                                                                            Patrice GONDY